Né en 1935 à Lübeck,
Allemagne
Vit et travaille à Paris
L’œuvre de Peter KLASEN explore les abîmes et les vertiges de notre siècle. Par
l'étrange fascination que suscitent ses oeuvres, où se mêlent la familiarité
d'un environnement quotidien et la révélation d'une réalité que nous ne
percevons pas au premier abord, Peter Klasen, bouleverse les modalités de notre
regard pour en appeler à notre réflexion. Peter KLASEN explore et réinterprète
les signes de nos grandes cités. Profondément liée à l'environnement urbain,
son oeuvre reste plus que jamais à la charnière du sens, entre la peinture et
la vie.
" Klasen inquiète la perception du quotidien, identifie les contraires,
rend manifeste les paradoxes de l’environnement technologique. Peut-être
sommes-nous déjà passés sans nous en rendre compte, dans un univers-fiction où
camions et wagons ne sont plus d’inoffensifs moyens de transport mais des lieux
d’incarcération. Un oxygénateur permet-il la réanimation ou bien prive-t-il
l’oxygène ? Un fauteuil dentaire : instrument de soins ou chaise électrique ?
Système hydraulique, camion ou goutte-à-goutte ? Tout cela simultanément.
Indécidable. Vous pensiez que la terreur résidait dans l’usage monstrueux des
instruments ? Erreur : elle est déjà dans la forme, le médium lui-même, quel
que soit son usage ou utilisation. Dans l’hyperfonctionnalité des objets, dans
l’unidimensionnalité de sa fonction, dans le primat des teintes métallisées, un
univers opérationnel, inéluctable, prend corps, sorte de spectre hyperréel, vidé
de toute gratuité, de tout excès, au degré zéro de la vie, de ses formes
multipolaires et de ses jeux chromatiques."
Gilles LIPOVETSKY
Extrait de « Sans issue », 1978
BIOGRAPHIE
"Je suis né à Lübeck, en Allemagne, en 1935. Mon enfance aurait été sans
histoire s'il n'y avait eu la guerre dont ma famille a souffert comme tant
d'autres. Ni mon père ni mon oncle - ce dernier, peintre, fut élève d'Otto Dix
- ne sont revenus de Russie où on les avait envoyés. Mes premiers souvenirs
sont liés à ces drames et aux terribles bombardements, de ma ville. J'avais 5
ans à cette époque, je subissais la guerre sans comprendre réellement ce qui se
passait, mais elle devenait d'un seul coup réelle, palpable : nos maisons avaient
brûlé. J'ai donc été avec ma jeune sœur élevé par ma mère qui resta seule, et
mon grand-père, marchand de tableaux, mécène et collectionneur, qui m'a
profondément marqué. C'est dans sa maison que j'ai rencontré ses amis artistes
et c'est là où j'ai reçu mes premières leçons de peinture. J'ai donc bénéficié
d'un climat familial particulièrement favorable à l'art et pour moi, il n'y a
jamais eu question de faire autre chose que la peinture.
Après le lycée, je pris ma décision sans tenir compte des quelques
appréhensions de ma famille. Il fallait fuir le climat provincial, anesthésiant
de Lübeck que Thomas Mann décrivit avec férocité dans "Buddenbrooks".
J'avais de la chance, je pouvais faire mon choix sans drame ni frustration.
J'ai décidé de m'inscrire aux Beaux-Arts de Berlin qui après la guerre, était
devenue l'académie la plus avant-gardiste..." (Propos recueillis à Paris
en 1998).